Lettre ouverte au Premier ministre Carney: Maintenir le cap sur l’avenir des véhicules électriques au Canada


14 octobre 2025

Le très honorable Mark Carney, C.P., député
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa (Ontario)
K1A 0A2

Monsieur le Premier Ministre,

En tant que dirigeants d’entreprises œuvrant dans l’industrie canadienne des véhicules électriques (VE) — incluant l’industrie de la recharge, les manufacturiers automobiles, et des fournisseurs de solutions technologiques de mobilité électrique — nous vous écrivons au sujet des ambitions du Canada en matière de véhicules électriques. Ensemble, nous bâtissons la pierre angulaire de l’économie canadienne du transport électrique.

Premier ministre Carney, nous prenons acte de la décision récente de votre gouvernement d’éliminer la cible intérimaire de 2026 prévue dans la Norme sur la disponibilité des véhicules électriques (la norme) et d’entreprendre un examen de 60 jours de celle-ci. Nous comprenons que les réalités changeantes du marché, notamment l’impact des tarifs douaniers et les conditions du marché mondial, exigent une réflexion approfondie. Nous appuyons le gouvernement dans sa volonté de prendre le temps nécessaire pour évaluer la politique et adopter une approche mesurée qui cherche à équilibrer les réalités économiques immédiates et nos objectifs à long terme de compétitivité climatique.

Cet examen survient toutefois à un moment charnière. Comme vous l’avez souligné dans votre déclaration du 5 septembre, l’électrification des transports « crée d’importantes opportunités pour l’économie canadienne, notamment de nouveaux emplois dans la fabrication, dans l’extraction et le traitement des minéraux critiques, ce qui profitera aux communautés rurales ». Elle a déjà permis de débloquer des dizaines de milliards de dollars en investissements, de nouvelles installations et plus de 130 000 emplois canadiens — des chiffres appelés à croître considérablement d’ici 2030.

Plusieurs entreprises ont réalisé ces investissements importants en réponse au signal clair du Canada indiquant que le pays est sérieux dans sa volonté de bâtir une économie des VE compétitive à l’échelle mondiale. Des changements brusques visant à affaiblir ou à éliminer la norme risquent de miner la confiance des investisseurs et de donner l’impression que le Canada se détourne des signaux auxquels il avait demandé à l’industrie de répondre.

La norme est bien plus qu’une mesure climatique; elle constitue une pièce maîtresse de la stratégie industrielle du Canada et d’une stratégie d’investissement en support aux travailleurs canadiens. Elle mise sur l’énergie propre du Canada, sa main-d’œuvre qualifiée et son écosystème d’innovation. Elle réduit les coûts de transport pour les Canadiens, renforce les chaînes d’approvisionnement nationales et permet aux services publics de planifier et d’investir dans les mises à niveau du réseau nécessaires pour répondre à la demande future.

Nous comprenons que les politiques doivent évoluer pour refléter les réalités changeantes. Mais évoluer veut pas dire reculer. Le Canada doit maintenir fermement la norme et fournir une orientation claire au marché. Dans le cadre de cet examen, nous encourageons donc votre gouvernement  à :

  • Maintenir le cadre de la norme, tout en envisageant des ajustements raisonnables pour assurer l’efficacité et la durabilité de cette mesure;
  • Rétablir et rendre accessible les incitatifs à l’achat de véhicules, et ce de manière prévisible;
  • Accélérer le déploiement d’infrastructures de recharge, en particulier dans les communautés mal desservies, rurales et nordiques, ainsi que dans les immeubles multifamiliaux.

La norme est le pilier de l’avenir de la mobilité durable au Canada. L’éliminer risquerait de faire perdre au pays son élan, des emplois et sa crédibilité, et de compromettre les investissements du Canada dans ses travailleurs et son économie. Maintenir la norme avec des ajustements raisonnables permettra au Canada de consolider son leadership industriel dans le domaine des VE, d’attirer des investissements à long terme et de garantir l’abordabilité pour les conducteurs canadiens.

Bien que nous ne puissions ignorer les réalités actuelles du marché, elles ne doivent pas définir l’avenir du Canada. Le plus grand risque pour l’industrie canadienne des VE n’est pas les tarifs douaniers, mais bien l’incertitude politique au sein même du pays. Le secteur canadien des VE demeure prêt à relever ce défi. Nous demandons donc à votre gouvernement de s’engager à fournir une orientation politique claire, ambitieuse et stable qui nous permettra d’y parvenir.

Cordialement,

Les signataires